Dépendances (alcool, drogue)

femmeDÉPENDANCES

1- Informations préliminaires

Puisqu’il nous est pas toujours évident, en tant que lesbienne, de rencontrer d’autres femmes à l’extérieur de lieux festifs (bars, soirées dansantes, boites de nuit, etc.), notre réseau social est souvent susceptible de se développer au sein de cet environnement. Bien que cela est propice à la création d’un réseau permettant de briser l’isolement, la fréquentation de ce milieu nous rend toutefois plus vulnérable à la consommation d’alcool, de tabac et de drogues (Ilga, 2011).

Pour diverses raisons, la minorité sexuelle dans son ensemble présente un plus haut taux de toxicomanie que les hétérosexuels. En effet, parmi les communautés LGBT, nous notons un taux de consommation (toute dépendance confondue) d’environ 30%, et ce, comparé à 10-12% chez les hétérosexuels (Peterkin & Ridson, 2003). Or, les recherches réalisées à ce sujet rappellent que le sexe et le genre ont une incidence sur les facteurs menant à la consommation de substances (Berrut, 2007). Ainsi, les lesbiennes peuvent consommer de l’alcool et de la drogue pour en autres atténuer leur sentiment d’être différente, alléger leurs émotions douloureuses (pouvant être en autres liées à l’isolement et/ou l’homophobie dont elles sont victimes) ou réduire leur inhibition (Gouvernement du Québec, 2009).

 

2- Les dépendances les plus fréquentes chez les lesbiennes

1- Tabagisme

  • Statistiques

Selon l’ensemble des statistiques répertoriées, les lesbiennes présentent un taux de tabagisme étant non seulement plus élevé que les gais (Peterkin & Ridson, 2003), mais aussi plus élevé que les hétérosexuelles. En effet, une étude française révèle que les lesbiennes présentent un taux de tabagisme de 36%, soit 10,6% de plus par rapport à l’ensemble des femmes n’étant pas issues de la minorité sexuelle. L’écart entre les lesbiennes se constate davantage chez la tranche d’âge 20-34 ans (33% contre 13%), comparé à la tranche d’âge de 35-49 ans (29% contre 14%) et la tranche d’âge de plus de 50 ans (12% contre 11%). L’écart plus significatif chez la plus jeune tranche d’âge peut en autres s’expliquer par une plus grande fréquentation des bars ainsi que par l’anxiété qu’occasionne la découverte de l’homosexualité ainsi que la sortie du placard (Genon, Chartrain, Delebarre, 2009).

  • Spécificités chez les lesbiennes

Selon certaines données, il s’avère que le tabagisme féminin a augmenté parallèlement à l’émancipation des femmes dans la société. Ainsi, la cigarette étant perçue comme un signe d’indépendance et de liberté, les lesbiennes s’avèreraient encore plus sensibles à ce symbole que les hétérosexuelles (Genon, Chartrain, Delebarre, 2009). Les lesbiennes sont également davantage à risque de développer une dépendance au tabac pour contrer le stress qu’occasionne l’hétérosexisme et l’homophobie toujours présents dans notre société (Dibble & Robertson, 2010).

  • Marijuana (pot)
  • Statistiques

Une étude américaine a révélé en 2004 que les lesbiennes sont 4,9 fois plus à risque de consommer de la marijuana que les hétérosexuelles (Genon, Chartrain, Delebarre, 2009). Les lesbiennes présentent un taux de consommation évalué d’environ 24-36%, et ce, comparé à 18-37% chez les gais et 13% chez les transgenres. Les gais et lesbiennes présentent donc un plus haut de consommation de marijuana que la population générale (Song, Sevelius, Guzman & Colfax, 2007).

  • Spécificités chez les lesbiennes

La peur d’être rejetée, la lesbophobie, le mal-être ou la fréquentation de lieux où il est vendu de la drogue fréquemment (par exemple les bars, soirées dansantes et boîtes de nuit) sont des facteurs rendant les lesbiennes plus à risque face à la dépendance aux drogues (et en particulier au pot). Certaines interprètent également la consommation de marijuana chez les lesbiennes comme étant un besoin d’affirmation et de rébellion vis-à-vis les normes sociales (Genon, Chartrain, Delebarre, 2009). Dans tous les cas, la dépendance à la marijuana, l’homophobie ambiante et le stress que celle-ci engendre sont des éléments intimement interreliés, et qui souvent, ont pour effet de perpétuer la consommation (Peterkin & Ridson, 2003).

  • Effets procurés et impacts sur la santé

Le pot procure des sentiments tels l’euphorie, la détente et la désinhibition de soi. Mais ces mêmes substances peuvent aussi occasionner des sentiments d’anxiété, de paranoïa, des problèmes de mémoire et d’apprentissage, des difficultés au niveau de la coordination motrice et une excitation sexuelle brouillant notre jugement et ainsi opter pour des comportements sexuels à risque. Parmi les nombreux impacts de la drogue sur la santé, nous notons des difficultés cardiaque, respiratoires et rénales ainsi qu’un plus grand risque d’être atteinte d’hépatites et d’épilepsie (Le Crips, 2005).

 

3- L’alcool

  • Statistiques

Au Québec, une étude a révélé que la communauté LGBT présente un plus haut taux d’alcoolémie que les hétérosexuels de façon générale (42% contre 34%) (Mimeault, 2003). Plus particulièrement chez les lesbiennes, une étude américaine a dévoilé que celles-ci présentent un taux d’abstinence à l’alcool évalué à 15%, et ce, comparé à 35% chez les hétérosexuelles. De plus, 76% des lesbiennes ont une consommation modérée d’alcool, comparativement à 59% chez les hétérosexuelles. Finalement, 23% des lesbiennes s’avèrent dépendantes à l’alcool, contre 8% chez les hétérosexuelles. Ces chiffres présentent une tendance générale des lesbiennes à consommer davantage d’alcool que les hétérosexuelles.

  • Spécificités chez les lesbiennes

Les femmes, toutes orientation sexuelle confondue, présentent souvent un rapport à l’alcool basé sur la réponse à une forme quelconque de détresse. Alors que pour les hommes, la consommation d’alcool est davantage associée à des évènements festifs (Gouvernement du Québec, 2001). En ce qui concerne spécifiquement les lesbiennes, nous sommes encore plus vulnérables face à l’alcoolisme. En effet, l’alcool est souvent associée à une forme d’auto médicamentation lors d’états plus dépressifs. Ainsi, la consommation d’alcool est souvent dépendante aux évènements relevant du cycle de la vie, comme par exemple les deuils amoureux (Genon, Chartrain, Delebarre, 2009).

La sortie du placard, spécialement lorsqu’elle est réalisée relativement tôt dans la vie d’une lesbienne, rend celle-ci plus à risque à la dépendance à l’alcool, en ce que l’annonce de son homosexualité provoque un stress important et pas toujours évident à surmonter à un jeune âge. De plus, la lesbophobie intériorisée, les expériences traumatisantes (en autres liée à la discrimination vécue en raison de l’orientation sexuelle) et le faible soutien social sont également des facteurs rendant les lesbiennes plus vulnérables face à la consommation d’alcool (Drabble, Eliason, Reyes, 2010).

Bien que les lesbiennes soient plus à risque de développer une dépendance à l’alcool en raison de leur haut taux de fréquentation de bars, soirées dansantes et boîtes de nuit, il s’avère toutefois que nous avons aussi tendance à consommer de l’alcool chez des amies. Nous consommons donc également à l’extérieur de l’espace public. Cela s’explique en autres parce que l’univers des bars est majoritairement masculin, ce qui influence davantage les lesbiennes à consommer en dehors de ce milieu (Genon, Chartrain, Delebarre, 2009). Dans tout les cas, maintes lesbiennes consomment de l’alcool dans un contexte social, ce qui souvent, mène à une dépendance à court, moyen ou long terme (Mimeault, 2003).

  • Effets procurés et impacts sur la santé 

L’alcool est un neurodépresseur ralentissant les fonctions cérébrales et procure des effets de relaxation, un état sédatif et d’euphorie (Song, Sevelius, Guzman & Colfax, 2007).

À court terme, une consommation élevée d’alcool peut engendrer des comportements impulsifs ainsi qu’un manque de jugement (menant en autres à des comportements sexuels à risque) (Association canadienne de santé publique, 2013). À long terme, une surconsommation d’alcool peut avoir des effets néfastes sur l’organisme, dont des lésions cérébrales, des maladies du foie, des ulcères à l’estomac ainsi que des dysfonctions sexuelles (Association canadienne de santé publique, 2013).

 

4- Éléments à considérer pour l’éventualité de traitements de désintoxication

Si vous sentez une ouverture nécessaire de la part des intervenant(e)s à l’égard de la diversité sexuelle, il est suggéré de faire connaître son orientation sexuelle lors des traitements de désintoxication. En effet, il est soulevé que l’échec des traitements de désintoxication chez la communauté LGBT est intimement lié au non dévoilement de l’orientation sexuelle. Cette réalité s’explique par le lien étroit entre la consommation et le stress englobant l’orientation sexuelle (homophobie, hétérosexisme, difficultés familiales, etc.) (Futherman & Ryan, 1998). C’est pourquoi il est proposé d’opter, dans la mesure du possible, pour une ressource connue pour son ouverture à l’égard des lesbiennes (Peterkin & Ridson, 2003). Cela se traduit en autre par des politiques inclusives à l’égard de la minorité sexuelle, un personnel formé pour intervenir auprès des groupes LGBT et des plans de traitements adaptés aux réalités des lesbiennes (Drabble, Eliason, Reyes, 2010).

 

3- Ressources

Centre de réadaptation en dépendance de Montréal

950, rue de Louvain Est

Montréal (Québec) H2M 2E8

(514) 385-1232

http://dependancemontreal.ca/

 

Maison Jean Lapointe (Traitement et réadaptation des personnes aux prises avec des problèmes de drogues, d’alcool ou de jeu)

111, rue Normand

Montréal (Québec)

H2Y 2K6

514-288-2611

1-800-567-9543 (Autres régions du Québec)

www.maisonjeanlapointe.org

 

Centre Raymonde Chopin Péladeau (Centre de désintoxication pour femmes)

511, Chemin du Lac la grise

Ivry-sur-le-Lac

J8C 2Z8

Tél. 819-326-3520/ Sans frais : 1-877-457-5011

www.maison-chopin-peladeau.org

  

4- Liens Internet

  1. a) Liens en français

Réseau québécois d’action pour la santé des femmes :

http://rqasf.qc.ca/files/resume_SL.pdf

 

Association canadienne de santé publique :

http://www.cpha.ca/fr/programs/portals/substance.aspx

 

International lesbian, gay, bisexual, trans and intersex association :

http://old.ilga.org/health/ILGA_Lesbians_Health_Myths_Realities_FR.pdf

 

Le Crips :

http://www.lecrips.net/L/L4/index.htm

 

Rainbow Hopital :

http://www.rainbhopital.net/upload/pv/4/document9.pdf

 

Open edition revues : Genre sexualité et société

http://gss.revues.org/index951.html

 

  1. b) Lien en anglais 

 

Pride Institute :

http://pride-institute.com/programs/lgbt-treatment/lgbt-alcohol-addiction/

 

5- Liste de livres

Allan D. Peterkin & Cathy Risdon (2003). Caring for lesbian and gay people. Canada, Toronto : University of Toronto Press.

Donna Futherman & Catlin Ryan (1998). Lesbian & Gay Youth : Care and Counseiling. Etats-Unis, New-York : Columbia University Press.

Yong S. Song, Jae M. Sevelius. Robert Guzman & Grant Colfax (2008). Substances Use and Abuse. Dans Harvey J. Makadon, Kenneth H. Mayer, Jennifer Potter & Hilary Goldhammer (dir.). Fenway guide to lesbian, gay, bisexual, and transgender Health (209-247). Etats-Unis, Philadelphie : American College of physicians.

Laurie Drabble, Michele J. Eliason & Migdalia Reye (2010). «Meet Me at the Bar?» : Patterns of alcohol and drug abuse among lesbians. Dans Suzanne L. Dibble et Patricia A. Robertson (dir.).  Lesbian Health 101 : A Clinician’s Guide. (141-181). Etats-Unis, San Francisco : UCSF Nursing Press, University of California.